Qu’est-ce qu’une belle photo ?

Catégorie: Les photos préférées, Photos de voyages, Photos portraits, Techniques photo
écrit par: Steuker

Un commentaire de Durga sur un précédent billet m’a amené à m’interroger sur ce qui fait qu’une photo est belle ou non.

Ce billet n’aura pas la prétention de répondre précisément à la question (d’autres plus affûtés s’y sont déjà cassés les dents) mais plutôt : au mieux d’en étudier quelques champs de réponses possibles, a minima de susciter le débat.

Pour ce faire, nous procèderons en trois temps, en nous interrogeant successivement sur :

  1. Qu’est-ce que « le beau » ?
  2. … mais alors, qu’est-ce qu’une belle photo ?
  3. … et finalement, est-ce que la photographie ci-dessous est une belle photo ?

femme voilée, mulsulmane

I. Qu’est-ce que le « beau » ?

Le beau est généralement définit de deux façons que nous développerons successivement :

  1. Ce qui correspond à la perfection en son genre, obéit à certaines formes d’équilibre ou d’harmonie
  2. Ce qui provoque le sentiment esthétique

1. Le beau comme ce qui correspond à la perfection en son genre, obéit à certaines formes d’équilibre ou d’harmonie

La tradition dominante dans la philosophie de l’art occidentale identifie le beau avec la mesure, c’est-à-dire la bonne disposition des parties. Cette tradition est issue des pythagoriciens, pour qui le beau était une proportion simple et définie des parties, une proportion qui obéissait à des rapports mathématiques. Ainsi, pour Platon, « la laideur signifie simplement l’absence de mesure ».

Pour les grecs le beau ne se concevait pas en dehors du respect de certaines règles qui produisaient le beau et l’harmonieux. Par exemple, en sculpture, la tête doit faire un huitième du corps ; le front, un tiers de la tête.

Le nombre d’or a ainsi été utilisé depuis l’Antiquité comme canon scientifique de la beauté, que ce soit picturale, architecturale ou encore musicale. Le rapport entre la hauteur de la pyramide de Khéops et sa demie base est ainsi égal au nombre d’or.

2. Le beau comme ce qui provoque le sentiment esthétique

Dans cette approche, la beauté peut s’exprimer en deux temps. Elle commence par une sensation pour devenir un jugement :

  1. La sensation de beauté nous fait découvrir que seuls deux de nos cinq sens (la vue et l’ouïe) provoquent l’expérience du beau et ont engendré des arts (dessin, peinture… ou chant, musique…). Les contacts (massages et caresses), les goûts (gastronomie) et les odeurs (parfumerie) ne donnent lieu qu’à des sensations agréables. Or le beau n’est pas l’agréable, mais apporte quelque chose de plus, comme de l’admiration et parfois du ravissement.
  2. Le jugement de beau affirme cette présence. Pour Kant, « le beau est l’objet d’une satisfaction désintéressée et libre ». Le beau ne sert à rien, il s’impose sans qu’on puisse le démontrer, mais l’on ressent le besoin impérieux de l’affirmer et parfois de le faire partager, même si l’on n’y arrive pas toujours. Le jugement personnel est premier et ce n’est qu’après, en voulant le communiquer à autrui, qu’on l’affirme comme universel.

Dans cette approche nous noterons la subjectivité associée à la notion de beauté.

II. Mais alors, qu’est-ce qu’une belle photo ?

Afin de tenter d’être cohérent (pas de garantie de résultat ;-) ), nous conserverons ici la double approche de la beauté présentée ci-avant  :

1. Le beau comme ce qui correspond à la perfection en son genre, obéit à certaines formes d’équilibre ou d’harmonie

Une belle photo serait donc une photo qui respecterait les règles de construction ?

Parmi ces règles, les photographes auront en tête que le placement d’un sujet sur une photo doit obéir aux proportions du nombre d’or.
Cette règle d’or a été définie à l’origine par un architecte romain afin d’établir une division inégale et dissymétrique des espaces qui paraîtrait très agréable et esthétique pour l’œil humain. La règle dit que le rapport entre la plus petite et la plus grande partie de l’image doit être équivalente au rapport entre la plus grande partie et le tout.

En peinture d’abord et en photo ensuite, on s’est servi de ce nombre d’or pour établir des lignes imaginaires qui découpent l’image en trois parties horizontales et verticales égales. Ces lignes sont appelées lignes de forces. Les intersections de ces 4 lignes font ressortir les points forts de la photo. Il s’agit en fait des quatre points où l’œil va être le plus attiré, donc les régions où il est préférable de placer les éléments les plus importants de la photo (par exemple les yeux d’une personne).

2. Le beau comme ce qui provoque le sentiment esthétique

Cette dimension en photo est parfaitement subjective, même si certains éléments font « mouche » à tous les coups :

  1. certains sujets : les vieux, les enfants, les clichés caricaturaux des pays (ex : en chine, une femme avec un chapeau dans une rizière…)
  2. L’intensité des regards captés
  3. Certaines conditions techniques : couchés ou levés de soleil
  4. Autres que je vous invite à alimenter en commentaire

Des sujets de société peuvent également faciliter l’émergence d’un sentiment d’esthétique. Ici nous présentons par exemple une femme voilée, mais dans une dimension bien plus esthétique qu’à l’accoutumée , dans un habit extrêmement coloré, elle même étant spectaculairement maquillée…

III. Finalement, est-ce que la photographie présentée est une belle photo ?

Pour ma part je considère que les deux approches de la beauté sont indissociables pour qu’une photo soit belle.

En effet, s’il faut souvent que la première dimension technique soit atteinte, elle ne suffit pas pour autant pour provoquer le « whaouuu » tant attendu par le photographe. Il faut bien souvent pour cela en plus émouvoir, toucher, aller chercher au plus profond de chacun l’émergence de ce sentiment d’esthétisme. Cela va peut-être au delà du beau mais n’est-ce pas là la seule manière de réussir une photo ?

Si l’on revient à la photo présentée, voici un exercice d’évaluation suivant les deux approches :

1. Le beau comme ce qui correspond à la perfection en son genre, obéit à certaines formes d’équilibre ou d’harmonie

Nous remarquerons que la photo présentée en introduction obéit parfaitement à la règle des tiers. Elle ne souffre par ailleurs d’aucun défaut technique majeur (netteté, exposition, …). Nous pourrions alors affirmer (c’est au moins nécessaire pour la suite de la démonstration ;-) ) dans cette approche que c’est une belle photo.

3342879798 2778054295 Quest ce quune belle photo ?

2. Le beau comme ce qui provoque le sentiment esthétique

Le sujet me touche, le regard est intense, les couleurs m’apaisent et le cadrage serré m’invite à une intimité avec le sujet que je trouve attendrissante. La photo suscite chez moi le sentiment du beau.

3. Conclusion

1 et 2 sont réunis, je trouve donc la photo belle !

Ai-je raison ? Tout le monde la trouve-t-il belle ?
Malheureusement NON ! On se rend bien compte que je n’ai qu’à 3/4 raison si j’attribue une pondération de subjectivité à 0% dans la première dimension d’approche et à 50% dans la seconde (ce qui est déjà quelque peu arbitraire), les sentiments n’émergeant qu’en référence à certains éléments propres à chacun.

Un photographe ne maîtrise donc quelque part que 75% des critères d’évaluation de sa photo.

Quel est votre avis sur la question ?

Ce que pensent des pros sur la question…

9 commentaires pour: “Qu’est-ce qu’une belle photo ?”

  1. FOUCHARD dit:

    eh oui, nous sommes d’accord sur le fond. Belles photos.
    philippe

  2. Dim dit:

    Hey,

    Un si long post mérite qu’on y dépose un commentaire !
    Je serai de ceux qui considère le sujet avant le caractère technique. En me disant que finalement le beau est ce qui touche avant d’être une réussite technique…

    Pour répondre à la question, c’est une belle photo (de mon point de vue).

    Dim

  3. karl27kani dit:

    ouais photo très sympa !

    par contre ça ne dit rien de l’après photo ! t’as pécho ?

  4. Tan dit:

    Sujet hautement intéressant !! Merci Steuker ;-) —(et merci Durga^^)
    Enfin de la polémique…

    Sans m’étendre trop sur ton blog, je peux dire simplement que le beau n’a pas la même définition pour chacun, donc nous décrirons une belle photo par ce que l’on ressent. Après bien sûr, il y a l’aspect technique, mais cela n’a rien à voir avec le beau selon moi. On peut trouver une photo très réussie, harmonieuse en effets, en prouesses techniques, et malgré tout, la trouver sans intérêt émotionnel…
    En résumé, pour moi, cela passe par le ressenti !!
    Mais pour compliquer la chose, le ressenti peut être différent selon notre état émotionnel du jour ;-) )…il faut être réceptif à un tas d’éléments, de configurations, etc…
    Pour ta photo ci-dessus, oui je la trouve très belle, -sur l’instant- car elle m’évoque des voyages, de la sensualité, du magnétisme et en plus, elle a tous les critères techniques parfaits. Mais mon voisin ne donnera pas la même remarque…
    C’est un sujet hyper profond mine de rien…

  5. RV dit:

    Je suis assez d’accord avec cette double approche. J’ajouterais cependant une nuance dans la pondération car il me semble bien ambitieux de prétendre d’en maîtriser 75% des critères… c’est à mon avis bien sous-estimer le pouvoir de la subjectivité !
    Sinon j’aime bien les photos et article de ce blog, bonne continuation !

  6. Bilboa dit:

    N’importe quoi de considérer le beau comme quelque chose d’objectif. Je le vois tous les jour dans mon métier qui m’amène à faire beaucoup de photographies : il n’y a aucune rationalité dans le jugement des photos ! Je fais parfois un truc que je trouve nul et les clients adorent… et malheureusement l’inverse est aussi vrai !

  7. Steuker dit:

    @tous: merci pour vos commentaires
    @karlkani: non je n’ai pas « pecho » son frère n’était pas loin ;-)
    @RV: tu n’as pas tord, mais peut-etre finalement que la pondération elle-meme n’est pas maîtrisable
    @Bilbao: c’est peut-être que tu ne maîtrise pas suffisament la dimension objective…

  8. julien dit:

    J’aime bien le cadrage.
    Par contre ca manque de netteté, et de contraste à mon gout.
    Je la trouve un peu pale. J’aurais bien vu un regard plus intense, et dense (fond de l’oeil plus blanc entre autre).

    La composition d’une photo ne se limite pas au seul problème de proportions (nombre d’or), mais a divers paramètre qui demandent plusieurs pages par explications (web, livres, etc)

    Pour le 2ème point c’est subjectif. Cela fait en plus intervenir beaucoup de paramètre, dont l’attendrissement personnel ou la nostalgie qui peut fausser le jugement de l’auteur.

    Dans les oeuvre d’art d’aujourd’hui (graphisme, photos d’ »art », etc …) , je pense qu’on demande moins l’aspect formel que la démarche artistique.

  9. Steuker dit:

    @julien : je suis d’accord avec toi sur à peu près tout.
    Pour le blanc des yeux je n’y avais pas pensé, merci.
    Pour la les contrastes et la netteté c’est un compromis obtenu avec mon faible niveau en retouche ; la qualité d’origine de la photo n’est pas top alors j’ai soit trop de bruit, soit c’est flou…
    Pour les éléments objectifs je suis pleinement d’accord avec toi sur le fait que le respect des proportion n’est qu’un exemple.

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